Inauguration de la mosquée Essalam

82 rue Claude Bénard à Eragny sur Oise

Samedi 18 juin 2011

 

 

Le discours de Dominique Gillot, Maire d’Eragny

Jour de joie ! Jour de fierté ! Jour de gloire ? Jour de grand rassemblement et de partage, voilà ce que sera, dans vos mémoires, le 18 juin à Eragny !

 

Jour de joie partagée avec nos amis de confession musulmane qui nous reçoivent chez eux dans ce si joli lieu auquel ils ont consacré toute leur énergie, mobilisé toute leur attention, pour lequel ils ont réuni de nombreuses contributions depuis … disons 2004 ? - même si l’intention était née antérieurement - dans ce bel endroit, témoin de leur intégration dans la vie locale et du respect qu’on vous doit.

 

Jour de fierté, voire d’admiration ! pour vous, concitoyens musulmans qui avez su mener à bien un projet d’envergure à l’échelle de notre commune, et cela en quelques années.

 

Jour de rassemblement de tous les Eragniens de bonne volonté, invités à se réjouir qu’enfin la ville s’enrichisse d’un nouveau patrimoine cultuel de belle facture, mais puisque l’ACME - avec toute la considération dont elle est porteuse - l’a souhaité, Monsieur le Président et tous les responsables de l’ACME, Monsieur le Député, Madame la Conseillère Régionale, Madame la Conseillère Générale,

Monsieur le Curé et tous les amis de la paroisse, Mesdames et Messieurs les représentants de la commission interreligieuse de Cergy-Pontoise, mes chers collègues élus de la municipalité, Mesdames et Messieurs, chers amis, il me revient, en ma qualité de premier magistrat de la commune, de retracer l’histoire récente de cette édification, le choix de son implantation, le sens de son ouverture.

 

En effet, comme dans de nombreuses villes de France, des Eragniens de confession musulmane – mais aussi, d’autres Eragniens de confession différente - bénéficient de plages horaires dans les salles de maisons de quartiers, réservées à cet effet, pour se réunir et pratiquer leur culte.

 

C’est une habitude qui permet aux fidèles d’utiliser des espaces collectifs, réservés temporairement, pour rester au plus près de la vie locale et exister dans l’espace public.

 

C’est ainsi que les musulmans d’Eragny se sont reconnus, se sont fait connaître et ont contribué à renforcer le lien social qui caractérise notre ville.

 

A partir de 2001, un dialogue régulier s’est instauré avec la municipalité exprimant, de votre part, le désir d’avoir un lieu définitif exclusif pour la pratique de l’Islam, répondant aussi à notre vigilance, pour accueillir toutes les pratiques religieuses, culturelles et associatives, dans le respect et l’équilibre des principes laïques auxquels nous sommes très attachés.

Ces rencontres ont été fructueuses, puisqu’elles ont conduit à la création officielle en 2004 de l’Association Culturelle des Musulmans d’Eragny, association regroupant les fidèles de toutes origines, dont la typologie se retrouve bien dans la présidence et le bureau de l’association … faisant une place aux femmes, ce qui vous honore et justifie notre confiance.

Bien sûr, le but de l’ACME était clairement l’obtention et la création des conditions de l’aménagement d’un lieu de culte dédié à l’Islam. Roland GROS souvent sollicité avait déjà eu à examiner des opportunités saisies par l’ACME … et à les écarter … !

 

Nous étions convaincus qu’il ne pouvait pas s’agir d’une solution de fortune, aux confins de la ville, dans une zone d’activités, dans des locaux inesthétiques, sinon indignes, encore moins d’une spécialisation d’un local commun quelconque ou d’une habitation détournée.

 

Simplement, dans notre exaltation de l’esprit républicain, notre respect de tous nos concitoyens, nous étions déterminés à garantir à chacun la liberté de culte dans la dignité, et nous nous sommes engagés à donner suite à cette demande légitime, dans le cadre de la loi remise en lumière à cette époque par le Ministre de l’Intérieur, devenu depuis Président de la République.

 

Mais comment faire pour que la poursuite de ce projet soit facteur de cohésion communale et non facteur d’exaltation de rivalité, de mauvais sentiments, source de débats conflictuels ?

 

C’est là que l’un d’entre nous (Bernard Bayle) a eu l’idée de s’inspirer de ce qui avait été fait à Cannes, pour l’édification d’une mosquée dans le quartier de la Bocca. C’est ainsi que, le 21 septembre 2006, fut mise en place la commission communale particulière relative à la pratique du culte musulman à Eragny, composée d’élus représentant toutes les tendances du conseil municipal, sous ma présidence (Roland Gros et André Aubert en étant les rapporteurs, et Olivier Bobichon, la chenille ouvrière).

 

Dès sa création, 4 principes en guidaient les travaux :

- le strict respect des règles de la laïcité : Loi 1905 (séparation des églises et de l’Etat).

- le principe de responsabilité : il est du devoir des pouvoirs publics de garantir le libre exercice des cultes.

- le principe de réalité reposant sur la connaissance, la reconnaissance et l’implication locale des musulmans d’Eragny.

- le principe d’égalité qui justifie de donner au culte musulman les mêmes droits qu’aux autres cultes Et nous nous sommes mis au travail, d’écoute, de concertation, d’analyse et de réflexion pour arriver à des propositions au conseil municipal.

 

De très nombreuses auditions (une cinquantaine : responsables religieux, associatifs, éducatifs, représentants des services de l’Etat, élus d’autres villes, habitants !) ont été faites qui ont fait ressortir l’intérêt et la légitimité de la démarche, qui ont permis de cadrer un débat qui aurait pu devenir stigmatisant, voire haineux … et que nous avons su maintenir respectueux. Un travail de concertation intense qui a permis de déjouer les hostilités de principes, de repousser les tentations de repli ou d’assignation dans tel ou tel quartier, de rechercher une implantation rayonnante, accessible de toute part, suffisamment visible et non enclavée, d’identifier un local communal désaffecté, avec un réel potentiel. Potentiel dont l’architecte, Monsieur Rhul, aidé de Roland Gros, a su très vite imaginer le meilleur parti.

 

Et c’est ainsi qu’après quelques mois, le conseil municipal a adopté le 15 février 2007 les préconisations de la commission, et accepté de concrétiser la demande de l’ACME.

 

Une charte entre les 2 parties, ville et association, a fixé les règles d’utilisation du lieu, encadré le financement de son aménagement, et un bail emphytéotique d’une durée de 50 ans, ont été signés en mairie en juin 2007, libérant la joie des signataires et l’initiative de l’ACME, conduisant aussi quelques observateurs amis, à nous prédire le pire à la veille de l’élection municipale qui se préparait … !

 

Il n’en fut rien et pour son grand plaisir, Roland Gros, toujours premier adjoint, a pu veiller à la réalisation des travaux apportant sans relâche son conseil aux promoteurs, et assurant une parfaite médiation, tant avec les voisins qu’avec les entreprises.

 

Bien sûr, au fil du temps, les liens de confiance se sont resserrés avec les membres de l’association.Nous nous comprenons de mieux en mieux. Ils ont tiré une grande sagesse, un vrai savoir faire de cette expérience … une célérité aussi dans la collecte des fonds !

 

Aidés par de nombreux bénévoles qui ont complété l’action des entreprises, ils ont développé une belle activité fraternelle, solidaire, heureux de travailler y compris (surtout !) les week-end, et d’ouvrir les portes de leur chantier aux curieux.

 

Voilà :

2004 : naissance de l’ACME

2006 : création de la commission

2007 : délibération du conseil municipal, signature du bail, délais administratifs habituels, dépôt du permis de construire, collecte de fonds …

juillet 2009 : début des travaux

juin 2011 : ouverture de votre lieu de prière, petit bijou d’architecture arabo-musulmane, qui resplendit dans cette clairière aménagée, accessible de partout (< 1,5 km des limites de la ville), réalisé avec amour (je crois pouvoir le dire), avec exigence et responsabilité environnementale, le souci du détail, le choix des matériaux nobles, la recherche artistique (les tuiles, les faïences, les lustres, les décorations, les plantations …).

Déjà, vous avez rédigé le règlement intérieur de son fonctionnement, respectant parfaitement nos vœux transcrits dans la charte : ce lieu sera exclusivement réservé à la prière : vous resterez donc présents dans les équipements publics pour continuer de contribuer à la vie culturelle et sociale de la ville. Cependant, la tradition orale, très vite, l’a désigné comme « la petite mosquée d’Eragny ».Et vous lui avez donné le nom d’Essalam (La Paix).

 

Puisse ce lieu de prière, si accueillant, symboliser effectivement le lien qui doit unir tout un chacun dans une volonté de paix partagée.

Je crois en la sincérité de votre intention et en votre capacité à la faire vivre.

Nous continuerons d’être ensemble pour que la paix soit sur nous, avec nous.

 

Et pour conclure, je veux vous lire un texte de Voltaire (philosophe humaniste du XVIIIème siècle) :

« … que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos corps, entre tous nos langages différents, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions disproportionnées …

que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes, ne soient pas des signaux de haine et de persécution …

que ceux qui allument des cierges en plein midi pour (te) célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de (ton) soleil …

qu’il soit égal de (t)’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue ou dans un jargon plus nouveau …

puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes »

 

Voilà le sens que je veux donner à cette belle cérémonie qui nous rassemble ce jour.

Je connais la force de votre engagement citoyen.

Je mesure votre amour pour Eragny et ses habitants, notre amour commun pour Eragny et ses habitants.

 

J’ai confiance en vous et votre capacité à être source d’inspiration pour que vivent la liberté, l’égalité et la fraternité, ici comme ailleurs, maintenant comme demain.

Dominique Gillot