La belle histoire d'ACME

 

Eragny ville de 16000 habitants avec une population de culte musulman supérieure de 4 points à celui du niveau national, soit 14%, ce qui représente 300 familles environ, a toujours vécu sans que la communauté musulmane ait estimé nécessaire d'acquérir un lieu de culte, soit par achat ou par bail.

 

En 1993 la communauté musulmane subsaharienne créa l'AAEE (Association Africaine d'Entre-aide d'Eragny. Cette association avait pour mission entre autre de dispenser aux jeunes enfants des cours d'arabe avec enseignement du coran et de la culture d'origine. Les autorités d'alors représentées par Louis Don Marino après une réunion avec le bureau municipal acceptèrent que les activités de l'AAEE puissent se dérouler dans les locaux municipaux. (N'oublions pas que les événements d'Algérie faisaient l'actualité, et que tout ce qui avait trait à l'Islam dérangeait).

 

Un après midi de novembre de l'an 2004, deux Eragniens MM Boujemaa Abdelaziz et Achkif Abderahmane décidèrent de prendre leur bâton de pèlerins afin de sillonner tout Eragny pour y  recueillir des signatures pour motiver une demande de salle de prière. Je fus la première personne qu'ils rencontrèrent et c'est tout naturellement que je leur ai offert non seulement mon adhésion et ma signature  mais aussi de les aider dans la collecte des signatures. En tant qu'un des responsables de l'AAEE  je disposais d'expérience certaine dans les démarches face  aux élus et à l'administration.

 

La première action à mener était de prendre RV avec  le maire d'alors, Mme Muriel Decoster,  qui nous renvoya vers un de ses adjoints, Mme Trevoux, qui nous répondit que la municipalité ne disposait pas de salle libre à donner; nous proposâmes alors de nous laisser la possibilité de pouvoir faire les prières du Tarawih, mais il fallait une structure associative pour les prêts de salle, c'est   l'AAEE qui assumât cette responsabilité pour la nouvelle organisation naissante.

 

Ainsi la communauté musulmane put pour la première fois faire des prières en commun. Un premier jalon venait d'être posé.  A la fin du ramadan 2004, j'en profitais pour appeler l'ensemble de la communauté musulmane, tout horizon confondu,  à une réunion fondatrice qui vit naître le comité des musulmans d'Eragny, pour le voir transformé lors d'une seconde réunion en association culturelle des musulmans d'Eragny, qui deviendra à son tour « cultuelle » pour des raison pratiques.

 

Nous instituâmes un droit d'adhésion à 15€, et des cotisations mensuelles de 10€.  Comme il fallait des initiatives hardies pour qu'un lieu de prière  puisse voir le jour à Eragny, nous lançâmes un acte .d'engagement de 300€ pour qui se sentait prêt à entreprendre cette noble aventure avec nous. Entre temps le recueil des signatures nous avait permis d'avoir 150 famille engagées.

 

Les documents pétitionnaires furent envoyés :

- au préfet

- au maire

- aux différents bailleurs sociaux

 

Ainsi débutaient 5 difficiles années de négociation, d'abnégation et de persévérance. Bien entendu, l'aventure commencée sous Mme Decoster continuait avec Mme Gillot ; notre détermination était intacte, les créneaux furent reconduits et nous obtînmes le créneau du vendredi mais ce n'était pas la panacée!

M. Roland Gros (Premier adjoint du Maire) s'emparât du dossier de demande  du lieu de culte et le présenta lors d'un bureau municipal .Après plusieurs RV, une ultime réunion avec Mme Gillot a débouché sur un début de  proposition.  Il est important de préciser que la demande de l'ACME était axée  sur le quotidien et non l'événementiel, et que compte tenu de nos faibles moyens, l'achat d’un terrain était exclu.

La proposition du Maire consistait à la mise à disposition d'un terrain de tennis désaffecté  ou nous devions implanter des Mobile-Home. La proposition bien qu'alléchante pour l'ACME, posait des  problèmes à n'en pas douter. La municipalité commença à se résoudre à une solution digne et pérenne. Madame Gillot  créa la commission communale du culte musulman, composée des différents membres du conseil municipal. La commission siégea durant trois mois, elle a entendu tous les corps constitués (la préfecture, le député du val d'Oise, la police, les RG, les associations, les responsables des communautés catholique et protestante, ainsi que le conseil du culte musulman français).

 

Lorsque le travail de la commission fut achevé, il fut présenté lors du conseil municipal du 15 février 2007 avec des préconisations et une proposition. Toutes les préconisations de la commission furent adoptées à l'unanimité; quant à la proposition, elle fût votée à la majorité : il s'agissait de mettre à la disposition de l'ACME un ancien local municipal bâti sur un terrain de 1375m2 situé au 82 rue Claude Bénard.  Cet endroit, excentré, équidistant des différents quartiers de la ville dans un endroit paisible répondait à nos vœux. Le conseil municipal décida par bail emphytéotique de 50 ans de répondre à la demande de l’ACME.

 

La cérémonie de signature a eu lieu en juin 2007 en présence d'une centaine de personnes. Aujourd'hui un projet de réaménagement et d'extension a été élaboré par l'architecte Brahim Rhoul qui  reçu l'assentiment de l'association et de la ville.

 

L'ACME tient à rendre hommage à l'ensemble des composantes de la commission qui a réuni tous les partis politiques, aux femmes et aux hommes qui  nous ont accompagnés et soutenus, mais aussi au courage politique des élus locaux qui ont su répondre à une cause juste.

GRACE SOIT RENDUE à ALLAH maître de l'univers!

 

Djibril CISSÉ, Secrétaire Général de l’ACME